Karen Macours, chercheuse affiliée à J-PAL et professeure à l’École d’économie de Paris, revient sur les principaux enseignements de cette étude conduite à Madagascar.  

Quel est le message clé que cette étude apporte au débat sur l’éducation des filles ?

Ce fut une surprise : la stigmatisation menstruelle est un frein beaucoup plus large à l’éducation des filles qu’on ne l’imaginait. Jusqu’ici, de nombreux projets d’hygiène menstruelle mentionnaient surtout l’absentéisme scolaire. Or, notre étude montre que l’enjeu central est la capacité des filles à apprendre, à progresser et à réussir à l’école.  

À Madagascar, une fille sur deux ne passe pas au niveau supérieur*. Dans les écoles accompagnées par CARE, nous observons une amélioration nette des résultats scolaires : la probabilité pour les filles de passer à la classe supérieure augmente significativement. Cela montre que lorsqu’on s’attaque aux causes profondes – le tabou, la honte et le stress – on a un impact bien plus large que prévu.  

 

Sensibilisation à l’utilisation des serviettes hygiéniques lavables.
© CARE
Sensibilisation à l’utilisation des serviettes hygiéniques lavables.
© CARE

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans la vie de ces jeunes filles ?

Ce qui m’a le plus frappée, c’est le niveau de stress permanent auquel sont confrontées les jeunes filles : responsabilités familiales, avec le soin de leurs jeunes frères et sœurs, sentiment de culpabilité car l’école coûte cher pour des familles pauvres, isolement car certaines sont obligées de vivre loin de leurs villages pour aller au collège. J’ai rencontré des jeunes filles de 14 ans qui vivent seules.  

À ce stress s’ajoutait celui lié aux menstruations : la peur des “accidents”, des moqueries, de la honte. Ce facteur, pourtant central dans leur quotidien, est très peu pris en compte dans les politiques éducatives.  

En réduisant ne serait-ce qu’un facteur de stress dans la vie de ces filles. Le rôle positif confié aux jeunes filles leaders, formées pour sensibiliser les autres élèves à la santé menstruelle, est déterminant : elles gagnent en confiance et retrouvent un sentiment de contrôle sur leur vie. C’est un levier puissant, souvent ignoré.  

Comment expliquer l’impact de ce projet de scolarisation ?

CARE a 80 ans d’expérience et une expertise reconnue dans la défense des droits des filles. Ce projet repose sur une approche efficace, construite autour de trois piliers complémentaires :   

  • l’amélioration des infrastructures scolaires avec la construction de toilettes et points d’eau,   
  • la sensibilisation du personnel éducatif et de jeunes filles leaders,   
  • l’accès à des serviettes menstruelles réutilisables.  

Cette approche globale a changé l’ambiance à l’école pour 20 000 élèves. Le corps enseignant est formé, les toilettes deviennent propres, fonctionnelles et sécurisées, les élèves – filles et garçons – peuvent parler des menstruations sans moquerie. Un environnement scolaire apaisé, sans discriminations, est essentiel pour apprendre. Les filles sont plus concentrées, plus confiantes, et cela se reflète directement dans leurs résultats scolaires.  

 

Comment étudier un sujet aussi intime que le tabou des règles ?

Le principal défi est de mesurer objectivement des changements sociaux et comportementaux, et pas seulement des chiffres comme la fréquentation scolaire. Nous avons donc développé des outils innovants. Pour mesurer le stress, nous avons utilisé des indicateurs physiologiques comme le rythme cardiaque. Pour la stigmatisation, nous avons analysé les réactions et le niveau de confort des élèves à parler du sujet des règles.  

Ces méthodes nous ont permis de comparer les écoles participant au programme avec des écoles témoins et d’objectiver les changements apportés par le projet.  

Pourquoi est-il important qu’une ONG s’appuie sur des chercheurs indépendants ?

La recherche indépendante apporte un regard objectif sur ce qui fonctionne et sur ce qui doit être amélioré. Aujourd’hui, certaines initiatives sur la précarité menstruelle se limitent à la distribution de protections, sans toujours s’inscrire dans une stratégie globale.   

Sur ce qui marche, un des points principaux est l’importance de travailler avec des équipes locales. Les équipes malgaches de CARE ont une connaissance très fine des régions dont ils viennent et travaillent et une réelle capacité d’innovation sociale. Par exemple, ce ne sont pas les filles les plus populaires qui ont été choisies comme leaders – comme dans d’autres projets – mais celles qui osaient le plus exprimer ce qu’elles pensaient.     

Ce partenariat entre CARE et J-PAL permet d’alimenter le débat sur quelles actions sont les plus efficaces au sein du secteur associatif et d’influencer durablement les pratiques.  

Une fille dans une école à Madagascar

Que peut apporter cette étude aux décideurs publics ?

Cette étude, menée entre 2021 et 2026, identifie clairement les leviers les plus efficaces pour soutenir la scolarisation des filles dans un contexte de tabou des règles. Elle nourrit les réflexions des bailleurs et des États. À Madagascar, les résultats ont déjà conduit à une phase 2 du projet. Et des discussions avec le ministère de l’Éducation sont en cours pour couvrir 1750 écoles ; soit la quasi-totalité des collèges publics du pays. 

Au-delà de ce contexte, l’étude alimente des échanges avec d’autres ONG et institutions dans différents pays afin d’adapter et de déployer cette approche à plus grande échelle, tout en tenant compte des réalités locales. Avec CARE, nous sommes en contact avec d’autres ONG, dans d’autres pays.  

En ce sens, le partenariat entre recherche et ONG devient un outil concret pour orienter les politiques publiques et changer durablement la vie des filles.   

Des toilettes construites pas l'association CARE dans une école à Madagascar
Source: CARE, JPal, 2021-2025 

La valeur ajoutée de CARE : des transformations durables  

Forte de plus de 80 ans d’expérience dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités dans le monde, notre approche globale génère des changements durables. Nous collaborons avec des centres de recherche et des universités avec trois objectifs : améliorer en continu ses pratiques grâce à un regard scientifique indépendant, répondre à une exigence clé des bailleurs d’investir dans des actions dont l’impact est démontré et qui peuvent être mises à l’échelle, et influencer positivement les politiques publiques.  

90 €

22 € après réduction fiscale

icone droits des femmes

Vous permettez par exemple de distribuer des protections périodiques réutilisables à des jeunes filles.

150 €

37 € après réduction fiscale

icone femme

Vous contribuez par exemple à former une couturière à la fabrication de serviettes réutilisables.

220 €

55 € après réduction fiscale

icone goutte d'eau

Vous participez par exemple à la construction de toilettes et d'un accès à l'eau dans les écoles.

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